Paroisse du
Bienheureux
Louis-Zéphirin
Moreau

Communauté amérindienne de Wolinak

L’arrivée des Abénakis à Bécancour (1669-1708) 

C’est en 1669, que les Jésuites ont installé une mission abénakise sur la rivière Bécancour, aussi appelée (rivière puante en raison des batailles survenues entre les Anglais et les Français). Vers 1680, les premières familles (des Abénaquis et des Sokokis), en provenance de Sillery et du lac Mégantic étaient venues s’y réfugier.

Quelques années plus tard, en 1704, les autorités de la Nouvelle-France, par l’intermédiaire de l’intendant Beauharnois, ont réussi à attirer des Abénaquis d’Anmesokkanti à Bécancour. Ce nom, qui signifie « lieu où il y a beaucoup de poissons » est relié à une ancienne mission abénakise située sur la rivière Sandy, près de Farmington, dans l’État du Maine (voir carte)[4]. Pour la Nouvelle-France, l’arrivée des Abénaquis à Bécancour venait renforcer leurs positions stratégiques face aux Iroquois et aux Britanniques. Et pour les Abénaquis, un meilleur accès au marché de la colonie. 

La seigneurie de Bécancour (1708)

Le 30 avril 1708, à la demande du gouverneur de la Nouvelle-France, le seigneur de Bécancour, Pierre Robineau concédait une partie de son domaine aux Abénaquis. Selon le contrat, ces derniers pouvaient jouir, sans obligation, des terres tant et aussi longtemps que la mission allait durer. Lorsque qu’ils l’abandonneront, le seigneur pourra alors en recouvrer la pleine propriété. Le territoire octroyé couvrait toute la profondeur de la seigneurie, la rivière Bécancour en marquant la limite orientale et la pleine largeur de celle-ci, jusqu’au lac Saint-Paul (voir carte)[5].   

En 1752, le village abénakis avait une superficie d’environ 25 arpents de front, soit près de 1.5 kilomètre et sa profondeur correspondait à celle de la seigneurie de Bécancour. Le village comprenait une église en bois d’une dimension de 20 X 10 mètres. Construite fort probablement vers 1710, cette dernière a été détruite par le feu en 1757 et n’a jamais été reconstruite. Les Abénakis allaient à l’église de la paroisse voisine, celle de Bécancour. L’ingénieur de l’armée française Louis Franquet a laissé la description suivante du village abénakis dans son volume de ses « Voyages et mémoires » rédigé en 1752.

« Entrés chez le missionnaire Jésuite; ensuite, parcouru le village (amérindien) avec lui. Il n’est pas considérable, il n’a que 19 cabanes, toute de figure carrée longue, construites et couvertes comme celles du village St-François [Odanak]. Tous les sauvages étaient en traite à la Nouvelle-Angleterre, ou à recueillir du ginseing; toutes les cabanes étaient fermées de manière qu’il n’y avait dans le lieu que les personnes que les infirmités ou l’âge empêchaient de marcher. Après cette journée, nous rabattimes à l’église[6] ».

Leurs activités économiques 

Vers la même période, milieu du XVIIIème siècle, les Abénakis, lorsque les récoltes étaient terminées, piégeaient le gibier à fourrure et échangeaient leurs peaux avec le seigneur du lieu. Ils commerçaient également pour leur fourrure avec l’extérieur de la Nouvelle-France, notamment avec les Hollandais et les Britanniques. Ils en tiraient semble t-il des revenus assez intéressants.

L’arrivée des Acadiens à Bécancour (1756- 1764)

En 1756 ou 1758, plusieurs Acadiens, expulsés de leur patrie d’origine, se retrouvaient à Bécancour. Ils s’installaient à l’intérieur de la mission abénaquise, sur la rive sud du lac Saint-Paul. Le lac et la rivière Godefroy leur donnaient accès au fleuve, le poisson et le gibier leur permettant de se nourrir. La terre restait à défricher pour le bois de chauffage et de construction et les champs étaient prêts à être ensemencés. Le 3 août 1764, Joseph-Michel Le Gardeur, seigneur de Bécancour, le chef et les conseillers abénakis se sont déplacés chez le notaire en compagnie du père jésuite Germain et deux Acadiens. Les Abénakis leur ont alors cédé les lots qu’une soixantaine d’Acadiens se partageaient déjà en bordure du lac Saint-Paul. La transaction a été conclue pour la somme de 72 livres.

 Les années d’après guerre (1812 à nos jours)

Les Abénaquis de Wôlinak, comme ceux d’Odanak, ont combattu en 1812 au côté des Britanniques contre l’invasion américaine au Canada. Mais lorsqu’ils sont revenus à Bécancour toutefois, leur domaine était divisé en lots et possédés par des blancs. Devant pareille injustice, les Abénaquis, armes à la main, ont réussi à récupérer deux petites îles de la rivière St-François et une soixantaine d’arpents (voir carte)[7].

Après la guerre, les Abénaquis pratiquaient toujours l’agriculture (blé, orge, pommes de terre etc.) de même que leurs activités de chasse, de pêche et de commerce. Malgré tout, ces derniers vivaient difficilement. Pour s’en sortir, certains fabriquaient des raquettes, des paniers et de la vannerie qu’ils vendaient au Québec et aux Etats-Unis, alors que d’autres cherchaient un travail rémunéré. Quant à leur village, il avait piètre allure. La description de l’arpenteur Bouchette en disait long à ce sujet : « […] le village des Indiens Abenaqui]s], composé de quelques maisons de bois mal bâties, ou, pour parler plus correctement, de cabanes »[8].

De plus de 600 qu’ils étaient au début de la mission, le nombre d’Abénakis a diminué considérablement suite aux guerres, aux épidémies et à l’usurpation de leurs terres. Actuellement, la réserve de Wôlinak a une superficie de 0.70 kilomètre carré. Près de 200 Abénakis y résident et un peu plus de 300 autres habitent hors réserve. Leurs activités économiques s’articulent maintenant autour de l’art, de l’artisanat, des commerces et services et du secteur manufacturier.